PESTE, QU'ELLE FUT GRANDE !!

le 02/04/2015 178 partages 3 commentaires

Voici un bien terrible souvenir qui près de 300 ans plus tard hante encore notre mémoire collective a nous provençaux.

Nous avons connu en cette année 1720 une peste terrible d’autant plus marquante qu’elle fut la dernière en Europe. Voilà déjà deux générations que la peste n’avait plus sévi à Marseille cette année-là. Les provençaux comme les marseillais se croyaient à l’abri de l’épidémie.

 

Le royaume de France  par le port de Marseille depuis 1622 avait mis en place un important système de contrôle sanitaire des bateaux qui voulaient accoster en France via la méditerranée. On savait depuis longtemps que la peste sévissait au Moyen Orient et pour éviter toute contagion l’on demandait au capitaine de se munir d’un certificat sanitaire à l’embarquement du bateau et dans chaque port ou il mouillait. Ce certificat était ensuite présenté aux autorités sanitaires de Marseille pour que celle-ci autorisent ou non le débarquement des marchandises.

 

De fait Marseille était à l’époque le premier port de France et la ville de toutes les fortunes, le commerce y était fleurissant.

Voilà 5 ans que Louis XIV était mort et son cousin Louis Philippe organisait la régence en ce mois de mai 1720, lorsqu’un navire « Le Grand Saint Antoine » arrive en vue des cotes Marseillaises avec dans ses cales une importante cargaison de soies de Syrie, où malheureusement une forte épidémie de Peste dévaste déjà le pays de Damas.

On sait depuis longtemps que la soie et les étoffes en général sont vectrices de la Peste, sans savoir vraiment que ce sont en réalité les puces du rat qui se logent dans ces étoffes  qui piquent ensuite les humains et qui transmettent la maladie.

Le Capitaine Chatau qui dirige le navire est extrêmement préoccupé, la cargaison est très précieuse pour l’époque et il y a eu de nombreux souci durant la traversé notamment la mort de 9 matelots. Or le règlement de l’époque est clair, s’il il y a eu mort durant la traversée (après la délivrance d’un certificat) le bateau doit séjourner en quarantaine sur l’ile de Jarre au large de l’archipel du Riou. Un petit caillou pelé et isolé au large de Marseille ou les précieuses étoffes seraient fortement abimées.

Le capitaine bénéficie de forts appuis, notamment un de ses associés dans cette affaire, impliqué fortement dans la politique de la ville, M Jean Baptiste Estelle 1er Echevin de la ville, qui en compte 4, soit l’équivalent du maire aujourd’hui.

Quelques jours plus tôt sentant le vent  venir le Capitaine jette l’ancre au large de Cassis et fait parvenir un courrier à ses associés dont M Estelle qui lui conseillent de faire escale a Livourne en Duché Savoyard  avant de faire escale à Marseille. Obéissant on lui délivre la bas un certificat de non peste, ses morts étant attribués à une épidémie de fièvre maligne, selon eux.

Ce contrat en poches il gagne Marseille ou on lui donne le droit d’accoster au Port et de décharger ses marchandises dans la zone de quarantaine.

Négligence ou cupidité aidant, une partie de ses étoffes a finallement réussie à sortir de cette zone de quarantaine pour aller directement dans les bas quartiers repaire de contrebandiers, alors que l’équipage continuait à mourir à l’abri des regards et derrière les murs de l’hôpital, tout cela sans que les échevins n’ignorent rien de l’affaire. Jean Baptiste Estelle se rendant lui-même sur place choisissant de camoufler une situation quelques peu alarmante à une population dont la peste représentait la pire des punitions divines depuis le Moyen Age.

De part ces contrebandiers, vivant dans des quartiers ou l’insalubrité était immense, côtoyant quotidiennement rats et puces, la peste va entrer dans les rues de Marseille en ce mois de mai.

Au début les échevins minimisent et parlent eux aussi de fièvres malignes. Mais très rapidement la situation n’est plus tenable.  Les morts se multiplient à un rythme géométrique.

On montera jusqu’à 500 morts par jour dans les rues de la ville.

Les cadavres pesteux sont traditionnellement enterrés dans les caveaux des églises mais la chaleur de l’été naissant et la quantité qu’ils sont chaque jour limitent rapidement cette initiative. On scelle avec du plomb fondu les plaques de ces caveaux, qu’on retrouve encore aujourd’hui dans certaines anciennes Eglises Marseillaises, afin déjà de limiter l’odeur de putréfaction.

On fera finalement fermer les murs de la Ville. Mais le mal est fait. Près de 50000 personnes sur un total de 100000 décèderont de la Peste à Marseille, soit 1 habitants sur deux. Des familles entières succomberont. Dans la hâte on fait creuser des charniers. Près de 30 seront creuser à Marseille et peu ont été fouillés ils sont encore la sous nos pieds. Le seul qui a été creusé fut celui du parvis de la Majore.

Les autorités religieuses comme la Noblesse et la haute bourgeoisie de l’époque ont tenté de fuir avant la fermeture de la ville emportant la peste avec eux. Cette hâte sur les routes jonchées de morts, que l’on poussait ou qui barraient la route, provoquant des bouchons donnera la fameuse expression Marseillaise « j’ai pris la panique », pour ne pas dire que l’on était dans un embouteillage comme le disent les parisiens.

Dans la tourmente des hommes se sont élevés en bien ou en mal mais ont marqué à jamais l’histoire de la Ville.

 

L’évêque de Marseille, Monseigneur Belsunce ira jusqu’à la fin apporter de l’aide aux pestiférés et à leurs familles. Un cours de la ville porte aujourd’hui son nom. Il a inspiré une célèbre chanson populaire chez les jeunes il y a quelques années.

 

 

 

Le chevalier ROZE, a participé au nettoyage des rues de leurs cadavres par l’enrôlement de forçats dont aucun n’a survécu malheureusement, a ces travaux. Il a également   fait fonder un hôpital. De nombreuses statues et rues portent son nom à Marseille mais l’hommage le plus emblématique fut celui que l’on lui donna en lui attribuant le nom du Virage Sud du Vélodrome « Virage Sud Chevalier Roze ».

 

 

 

 

Le 1er Echevin de Marseille, Jean Baptiste Estelle, a encore le droit aujourd’hui de posséder une rue à son nom. Il faut dire aussi que peut être rongé par le remords il est resté à Marseille jusqu’à la fin de l’épidémie et  dirigé les opérations sanitaires.  Il a ainsi inauguré, en tout cas de manière officielle, une longue tradition d’homme politique marseillais, mêlant les affaires à leurs fonctions. Il ne sera jamais inquiété de quoique ce soit pour ses choix douteux lors de cette peste.

 

 

Le capitaine lui a fini durant l’été par être déporté, avec  son navire et son équipage, vers la fameuse Ile de Jarre, ou deux de ces matelots mourront encore d’un coup de chaud. Son bateau sera brulé ensuite et il sera emprisonné quelques temps avant de pouvoir finir sa vie libre et lavé de toute accusation.  La page des registres d’enregistrement du Grand St Antoine est la seule falsifiée pour cette année 1720….

 

Et hors de Marseille ?

LA grande peste est prise au sérieux par le régent qui dès le début de l’épidémie prend des mesures. S’il n’interdit pas le transport de denrées non transmissibles comme les figues, l’huile, le vin, il prohibe le déplacement libre de personnes et d’étoffes.

Il mobilise pour s’assurer de cela, ¼ de l’armée royale et fait ériger par les populations réquisitionnées un grand mur de protection qui va compléter des défenses naturelles comme la Durance.

Ce mur reculera peu à peu pour finalement se fixer dans le nord du Vaucluse (orange) et les pré-Alpes.

A pertuis la peste fit son apparition le 25 juillet. Le nombre de morts fut si considérable que les hôpitaux ne suffisaient plus à recevoir malades et défunts. On choisit alors le couvent de sainte claire (rue Résini) pour accueillir les personnes atteintes. Les clarisses payèrent un lourd tribut à leur dévouement.

Dans les basses alpes « les mesures mises en place par les délégués du lieutenant-général en Dauphiné et en Provence  pour combattre le fléau firent en sorte que le mal ne s’étendit pas en Haute Provence.

L’un, le marquis de Belrieu, s’installa à Sisteron, l’autre, le marquis d’Argenson, fit de Manosque son quartier général. Quatre lignes de défense sanitaires, qui demandaient une garde constante, avaient été créées. La première allait de Gréoulx les Bains  à Colmars, la seconde était sur la Durance, allant du Comtat Venaissin à Sisteron, la troisième serpentait depuis l’embouchure du Jabron jusqu’à Buis, la  quatrième était celle du Comtat, allant de celle de la Durance et se prolongeant jusqu’à la frontière des Etats pontificaux. Ces lignes étaient constituées de barrières de bois. Personnes ne les franchissaient sans montrer un billet de santé, certifiant que le lieu de provenance du voyageur était sain. Chaque ligne était étroitement surveillée  par des hommes en armes, le plus souvent des paysans à qui le pouvoir ne donnait que deux à sept sous par jour. Ces hommes de garde avaient, à leur disposition, de grandes pinces de bois pour agripper ces certificats médicaux sans les toucher. Leurs champs étaient laissés à l’abandon et ne produisaient plus que de mauvaises herbes. La misère était grande outre la présence continuelle de la maladie.
Le marquis d’Argenson ordonna de ne plus utiliser les bacs de la Durance sauf celui de Manosque. Tous les villages du département s’entourèrent de barricades que des hommes armés gardaient au lieu d’aller aux champs, activant ainsi la pauvreté. La circulation entre les villes et les villages cessa pour un temps, c’est ce qui sauva le pays d’un fléau qui aurait pu être aussi important que celui de 1629. Seuls trois villages furent touchés ; il s’agit de Gaubert, Sainte Tulle et Corbières. Dans ce village, la peste fut meurtrière surtout entre le 25 septembre 1720 et le 14 avril 1721, en tout, elle fit 140 victimes  sur une population de 400 habitants. Parmi elles, il y eut un des deux consuls qui étaient à la tête du bourg, il fut un des premiers à succomber. Le survivant fit entourer d’une muraille de buissons le cimetière. C’est une des mesures prophylactiques qui fut prises à cette époque.  
Montfuron et Montjustin s’entourèrent d’une barrière en dur. Reillanne répara ses murailles et compléta son enceinte d’une palissade de bois.  Dix hommes en assurèrent la garde. Idem pour Dauphin qui dut en plus fournir 399 quintaux de bois  au corps de garde de Sainte Tulle. Mallefougasse s’entoura d’une ceinture de buissons, pensant ainsi, peut-être à juste raisons, faire des économies . On crut un temps qu’un de ses habitants avait la peste mais un médecin venu de Peyruis démontra qu’il avait une autre maladie. A Valensole, 17 hommes formèrent une garde municipale qui prit en charge le bien être de la cité ; toutes les ouvertures, tout ce qui avait contact avec l’extérieur, fut muré avec du plâtre. Un bureau sanitaire fut créé et trois intendants de santé qui coutaient au bourg 30 livres par mois furent désignés pour son fonctionnement. Banon fournit trois hommes pour garder le blocus fait autour de Sainte Tulle et se garda lui-même grâce à six hommes. A Mane, on boucha les ouvertures des remparts, on installa une petite infirmerie et on envoya douze hommes sur la ligne de défense sanitaire de la Durance. » (http://www.bassesalpes.fr/peste.html)

On notera encore 251 victimes à Apt …

 

Marseille sera definitivement délivrée de Peste en 1722, l’évêque Belsunce fait alors donner une messe reconductible chaque année pour éloigner celle-ci a jamais. On la célèbre toujours.

Dans le même ordre d’idée on célèbre toujours à Cucuron l’arbre de mai, cérémonie processionnaire sensée éloigner la peste…. On a gardé d’ailleurs jusqu’à la révolution des reliques de Sainte Tulle, celle-ci ayant donné son nom à la commune des Alpes de Haute Provence, celle-ci étant réputée protectrice contre la Peste.

 

 

L’ancre du Grand St Antoine a été retrouvée et repêchée il y a quelques années. Malgré les presque 300 ans qui nous séparent de cette tragédie, les marseillais se souviennent encore et c’est avec émotion qu’ils ont accueillis cette relique du passé. 

 

Nous comprenons donc bien la tragédie qui s’est jouée en Provence en 1720, plus de 100 00 morts de cette peste en seulement 2 ans, des ravages dans toutes les localités et à Marseille surtout ou elle a fauchée 1 habitants sur 2. LA cupidité de quelques hommes a eu le dessus sur le bon sens et a entrainé une catastrophe sanitaire dont la région mettra quelques temps à se remettre …

Les faits ne sont pas sans rappeler quelques scandales bien actuels dont nous nous passerions bien, nous provençaux… a croire que l’Histoire ne sert jamais de leçon.

 

Nicolas Morlot.

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